Il y a au bistrot du J’GO un endroit qui renferme bien des secrets, bien des histoires, solitaires le plus souvent, silencieuses pour la plupart. Manger au comptoir est un choix qui n’est pas anodin, les clients sont rarement en groupe, la discussion est presque impossible à trois, alors vous imaginez si la troupe s’agrandit. Pourtant ils s’ancrent comme des navires qui arrivent au port, pour se ravitailler, se poser une heure, parfois parce que la traversée à été tumultueuse, qu’ils ont envie d’être seuls, de réfléchir ou de tout lâcher. Le serveur, chef de la marinade, va alors de bateau en bateau, voir chaque capitaine afin de leur demander ce qu’ils ont choisi pour manger. La réponse est brève, souvent au détriment d’une entrée jugée en trop, au profit d’un plat qu’ils veulent souvent rapidement comme pour reprendre la mer au plus vite. Certains semblent coupés du monde et la vie du bistrot qui explose autour d’eux ne semble pas les atteindre, d’autres jettent des regards furtifs, se plongent dans un journal ou la messagerie de leurs téléphones portables qu’ils ne cessent de consulter, tels des boussoles. Quand le plat arrive, serveurs et clients échangent les codes de bonne conduite et le temps devient plus serein. La nourriture semble alors apaiser le corps et l’esprit. Le temps d’un repas, le temps d’un sourire, de quelques mots croisés et de saveurs retrouvées, le comptoir du bistrot se transforme en partage.
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