Au J’GO, on a beau être Gascons et fier-à-bras, on n’en est pas moins habité par le doute. Il arrive même qu’on se pose clairement la question de notre légitimité quand l’envie nous prend de défendre le monde paysan ou de l’ouvrir un peu trop fort dans ce modeste billet hebdomadaire. Après tout, en achetant des bêtes entières et des légumes frais et en les transformant nous-mêmes, nous ne faisons rien sinon le devoir de tout restaurateur qui se respecte et qui, par la même occasion, respecte le client qu’il sert. Alors, de temps en temps, il est bon de constater que d’autres, peut-être moins Gascons, sans doute moins scrupuleux, se fichent pas mal de la légitimité. Nestlé, par exemple, dont les barres chocolatées sont à la nutrition ce que le rugby à 7 est à la mêlée fermée, organise le 8 novembre prochain les Assises de la Fondation Nestlé France consacrées à la thématique suivante : « Culture alimentaire française : l’urgence de la transmission ». On voit d’ici ce qu’un géant mondial de l’industrie agroalimentaire dont le siège est en Suisse et qui possède entre autres grands symboles de la gastronomie française des marques de pâtés pour caniches, de céréales pour mômes plus salées que la mer Morte, de crèmes de jour, de surgelés, de boissons chimiques et de saucisses en sachet peut trouver à dire sur le sujet. Le plus drôle dans cette affaire, c’est que les communiqués de Nestlé indiquent clairement que si urgence de transmission il y a, c’est avant toute chose pour « la santé des jeunes générations ». Évidemment : on ne demande pas à une société qui investit des millions dans les médicaments de considérer la nourriture comme autre chose qu’un vecteur de santé. Le goût, le patrimoine et la culture, c’est secondaire. Par chance, les Français n’ont besoin de personne pour savoir quoi manger. Le week-end dernier, les rugbymen du XV de France l’ont montré, qui alors que les nutritionnistes leur conseillaient les nouilles et le poulet grillé pour le repas d’avant match, ont visiblement préféré changer de menu et bouffer du lion.
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