Au fond des caves il y a toujours des hommes et des femmes qui ont un prénom. Stéphane est le « légumier », ou plutôt non, le « légumier » s’appelle Stéphane. Son domaine, sa caverne ne regorge pas de diamants et de rubis, mais de produits aux couleurs et aux formes bizarres, suaves, parfois austère, intrigantes, aux racines encore apparentes. Des légumes.
Tout doit être prêt quand le « maestro » descendra des cuisines pour les chercher. Une fois débarrassés de la pelure de leur terre nourricière, les légumes de saison sommeillent dans des bacs, effeuillage quotidien, corps nus en attente de compagnie et de chaleur.
L’anticipation et la confiance sont le lien de cette chaîne humaine qui forcément a une histoire.
Stéphane est seul, dans son silence, sa mémoire, son passé, son temps. Il me murmure à demi mots qu’après son BEP de cuisine, c’est avec une licence d’histoire de l’art en poche et en cœur qu’il intègre le lieux. Dix ans.
La lumière qui brille dans ses yeux est douce et naissante, elle transforme les gestes ingrats en détails essentiels.
De la découpe des pommes de terres dépend, sans que l’on y prête cas, ce plaisir inconscient ce mélange des sens, des yeux et des mains, ce passe droit qui permettra aux plus belles tablées de manger les frites avec les doigts. Enfance.
La table de travail de Stéphane vient de se couvrir du vert de l’hiver et de ses cœurs blancs. Les choux se préparent. La taille, la juste mesure, le calibrage tout ici devient science, savoir, équilibre. De cette savoureuse et calculée improvisation dépendront les cuissons, les arômes de ces accompagnements, de ces « figurants » sans qui les premiers rôles auraient bien pâle figure et drôle de goût.
C’est quoi l’art ?
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