|
Ovin de table Comme vous, les établissements J’Go reçoivent quantité de courrier. Des avis d’imposition, des publicités pour des assurances vie, des coupons de réduction à valoir sur l’achat de poêles à mazout, des lettres de rappel, des billets doux, des recommandés, des prospectus. Il reçoit aussi des tonnes d’emails. Des courriers électroniques professionnels, d’autres plus personnels, des réclames pour le Viagra déstocké, d’autres pour des allongeurs de pénis. Rien en de suffisamment intéressant pour en causer dans l’Ego. Rien ? Pas tout à fait. Vendredi dernier, Baudoin de Menten, blogueur belge ami des ours et amateur de randonnée pédestre nous interpellait par email en ces termes : « (…) L’A.OC. Barèges-Gavarnie rend obligatoire la divagation des troupeaux en liberté, ce qui est incompatible avec les moyens de protection contre l’ours des Pyrénées. La table est ouverte pour l’ours sur un troupeau non gardé. Les prédations sont alors dénoncées, remboursées et publiées dans la presse comme excès du plantigrade (…) C'est tout bonnement scandaleux.(…) Nous vous prions, pour ces raisons, de revoir votre position envers cette AOC ». Il était important que nous qui cuisinons le mouton de Barèges-Gavarnie et vous qui le dégustez partagions cette surprenante missive. Il était nécessaire que nous nous insurgions avec M. de Menten contre ces salopards ovins « qui font rien qu’à donner faim » à l’ours en trimbalant leurs popotins alléchants sur l’herbe tendre des Pyrénées. Contre ces bergers irresponsables qui ne sont en réalité que de vils provocateurs bien décidés à sacrifier des bêtes dans le seul but de faire du tort à nounours. Et tant que nous y sommes contre les apiculteurs dont les produits aiguisent l’appétit des plantigrades. Et encore contre les habitants des montagnes qui occupent un territoire occupé par l’ours depuis la nuit des temps. Alors c’est décidé : demain nous remplacerons le Doublon de Barèges par du poulet élevé en batterie. Immobilisé dans sa cage, ce dernier – au moins – ne viendra pas troubler la paisible existence de l’ours des Pyrénées.
|