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Le nerf de l’agraire Je ne prends pas grand risque à vous confier que ma regrettée grand-tante Antoinette partageait peu de choses avec François Fillon. Je peux vous citer des différences en pagaille, sans aucune difficulté. En voilà trois, au hasard : mon aïeule avait beaucoup plus d’allant et de moustache que le Premier ministre, et sa table, reflet merveilleux de son potager luxuriant et des ses clapiers bien remplis, surpassait largement les menus ronflants de Matignon. Les points communs, en revanche, sont plus rares. À vrai dire, il n’en existait pas, jusqu’à ce que le chef du gouvernement déclare hier lors de la réunion hebdomadaire du groupe UMP : « Je suis inénervable… » . Or, ce néologisme dénote chez lui cette même confusion dans l’emploi du verbe énerver que l’on retrouvait chez tatie Antoinette. En se disant inénervable, François Fillon entend inébranlable, impassible, ou, pour néologiser à mon tour, inagaçable. C’est là un abus de langage validé par l’usage, car en réalité l’énervement désigne plus l’absence d’énergie que l’irritation des nerfs. De même, quand mon aïeule préparait les foies gras d’oies, elle prétendait les dénerver, se rendant ainsi coupable d’un autre abus de langage validé par l’usage. Car lorsqu’on retire les nerfs d’une viande en bon français, on l’énerve, tout simplement. Cette entorse n’avait rien de condamnable, car elle témoignait de la persistance d’un vocabulaire propre à la campagne, à l’élevage et aux travaux des champs. Celle de François Fillon en revanche ne témoigne de rien, à part peut-être de cette habitude pathétique des politiques consistant à bricoler de petites phrases pour nourrir les troupeaux de micros tendus. Le genre de choses qui m’énervent, au sens premier, comme à l’autre.
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