En ce mois de novembre, le temps était plutôt clément et les températures exceptionnellement élevées pour la saison. Je venais de me percher au comptoir du bistrot et dans l’attente de ma commande mes yeux cherchaient désespérément le moindre indice qui me rappellerait l’automne. Rien ni personne ne semblait se rapprocher de cette saison, les couleurs des vêtements flirtaient encore avec l’été et les plats de mes voisins marquaient encore le pas et ne semblaient pas tirer vers le chaud. Le mot était lancé, lancinant, comme une rumeur que l’on ne parvient pas à arrêter, un murmure qui tourne en boucle dans votre tête et qui s’installe peu à peu. Je n’osais pas prononcer le sésame : du chaud. Une soupe, c’était de ça dont j’avais envie. Personne autour de moi n’avait une cuillère à la main, les brochettes de cœurs de canard, les pièces d’agneau e les coustous de porc noir se partageaient le devant de la scène. Ma délivrance était inscrite au menu : velouté de potirons et ses croûtons aillés. « Voilà monsieur votre velouté ! » Le temps semblait se couvrir, les imperméables commencèrent à rentrer, les parapluies frémissaient d’impatience et la douce couleur orangée du velouté attirait bien des regards. L’appel du velouté se propageât comme une trainée d’automne dans toute la salle. Le hésitants se décidèrent, les décidés hésitèrent et bien des palais se régalèrent de ce qu’ils attendaient inconsciemment. Soupes et bouillons n’attendaient que ça.
|