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Pneu s’en faut
Le guide Michelin est né l’année de la mort d’Oscar Wilde, dans un Paris qui recevait les Jeux Olympiques, organisait l’exposition universelle, inaugurait la gare d’Orsay et toisait le monde du haut de sa tour en fer. 109 ans plus tard, la centième édition du guide vient de paraître dans un Paris qui a manqué les J.O, n’organise rien que de très local, n’inaugure guère que des voies de bus et toise encore le monde qui, désormais, n’en a plus rien à cirer. Ne restent donc pour illuminer la France que la Tour Eiffel, qui clignote la nuit mais pas trop à cause de la facture d’EDF, et la couverture rouge sang du Michelin.
Moi, je n’ai rien contre. Je prends le bouquin du Bibendum pour ce qu’il est : un ouvrage créé pour inciter les Français à voyager, à user des pneumatiques et des moteurs à explosion, dans le but avoué de remplir les caisses d’un marchand de caoutchouc. S’il est à ce point critiqué de nos jours, c’est sans doute que nous sommes à l’ère de l’économie, de la mesure et de la marche à pied, et que les urbains affamés préfèrent se rendre à pince dans un bon bistrot qu’en voiture dans un palace.
C’est pour cela que le client du Bristol profite d’un service voiturier, alors que celui des J’Go Drouot, Saint-Germain ou Toulouse Victor Hugo, doit faire lui-même créneau pour mériter son gigot à la broche.
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