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Dans un rapport rendu le mois dernier à la ministre de l’enseignement supérieur, Jean-Pierre Coffe plaide en faveur du retour du vin dans les restaurants universitaires. En éduquant à la dégustation de jaja, y écrit-il en substance, on lutte contre le fameux « binge drinking », cette pratique en vogue qui consiste à picoler n’importe où, n’importe quoi n’importe comment, pour le simple plaisir de rouler sous la table.
Le raisonnement est, il est vrai, assez douteux, mais la levée de bouclier qu’il provoque l’est encore plus. Pour ses détracteurs, le pourfendeur du jambon polyphosphaté se soucierait davantage du lobby viticole que de la santé des étudiants, et encouragerait la consommation de vin pour sauver les vignerons de la faillite. Quiconque a fréquenté une université récemment sait à quel point les étudiants n’ont besoin de personne pour boire mal, fumer trop, manger peu et se coucher tard, bref, pour être jeunes.
Mais il y a plus drôle encore, puisque certains opposants à la dégustation de vin à la cantoche disent s’inquiéter de l’état de somnolence que la consommation d’alcool pourrait entrainer durant les cours magistraux de l’après-midi. Il suffit de poser la question aux étudiants (dont, rappelons-le, 50% consomment du cannabis selon un sondage de 2003), pour apprendre qu’au palmarès des trucs qui les endorment, figurent la qualité médiocre des programmes, le manque cruel de conviction des maîtres de conférence, la machine à café qui est en panne, et « l’after » de la veille. Mais bien entendu, comme il est impossible de changer les programmes, impossible de former les maîtres de conférence à l’éloquence, impossible de rompre les contrats signés avec les sociétés de maintenance des automates à boisson, et impossible de priver les étudiants de sortie, c’est au pinard qu’on s’en prend.
Pourtant, en écoutant les vignerons qui viennent au J’Go parler de leur vigne, de leur terroir, de leurs efforts et de leurs cépages, on éprouve davantage l’envie de devenir paysan, œnologue, caviste ou maître de chai, que celle d’embrasser une carrière d’ivrogne.
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