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Comme l’été dernier, l’Ego préfère passer la belle saison à jouer les plagiaires plutôt qu’à singer les plagistes. Aussi sert-il depuis début août une nouvelle série de pastiches pas piqués des vers. Après San Antonio, Saint-Exupéry et Cervantes, le J’Go célèbre Marc Levy, pour changer un peu des écrivains. Bonne lecture, bon appétit et bonnes vacances à tous.
Le cinquième cœur (ou le J’Go à la manière de Marc Lévy)
- Je suis en retard ?
- Non, je viens d’arriver. Tu es belle.
Elle sourit et arrange son col.
- J’ai une vente de charité dans une heure, à l’Hôtel Drouot. Avec l’argent, mon association ouvrira des écoles dans des pays très pauvres où les enfants sont malheureux. C’est ma façon de me réaliser dans la vie.
- Je voudrais tant que cette vente n’ait jamais lieu, et que nous restions ainsi au J’Go, sur le trottoir d’en face.
- Il le faut pourtant, pour soulager les enfants tristes. Ne sois pas stupide Peter.
- Oui, j’arrête de t’ennuyer Wendy.
Il la dévisage, admiratif de son courage de femme libre et moderne. Accoudés comptoir en cuivre, de jeunes gens dégustent des digestifs en s’agitant bruyamment devant un grand écran en couleur allumé sur la deuxième chaine et accroché à un clou sur un mur vertical.
Dans les cuisines, une assiette de cœurs de canards qui leur est destinée sans qu’ils le sachent, vient de quitter le passe. Elle navigue, portée par un serveur en tablier rouge, traverse le tumulte des clients attablés et atterrit devant leur nez.
En plantant sa fourchette, Wendy trésaille intérieurement. Devoir choisir entre sa vie de femme active et sa passion amoureuse pour Peter, est pour elle un déchirement. Dans son assiette, les quatre cœurs de canards ne battent plus mais saignent encore. Elle a l’impression que le sien fait pareil.
- J’aimerais que mon cœur soit le cinquième sur cette pique, uni aux autres par la force invisible du destin, pense-t-elle.
Pourtant, sous la table, comme pour provoquer ce destin qui lui échappe, elle cherche à faire du pied à Peter, mais comme il fait mauvais dehors, il porte des chaussures de pluie et ne sent pas le signe discret que cherche à lui faire sa partenaire. Et qui dit que s’il avait porté des tongs, leur vie sentimentale à tous les deux, ne s’en serait pas trouvée changée à jamais, pour l’éternité ?
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