Parmi les paysans qui nous offrent chaque jour de quoi garnir nos marmites et remplir vos assiettes, nombreux sont ceux qui se posent la question de leur place dans le monde et de l’importance que revêt de nos jour le fait de cultiver la terre pour nourrir l’humanité. Il n’y a là rien d’illégitime, puisque quiconque réfléchit à la question « être ou ne pas être » découvre bien vite qu’on trouve davantage de réponses dans une tranche de gigot, une laitue mouillée de rosée ou un verre de vin rouge que dans les yeux absents du crâne de Yorick.
Ainsi, tout en binant, en labourant, en taillant, en élevant, en vinifiant, nos producteurs cherchent-ils le sens véritable de leurs gestes, et une définition valable à leur condition de paysan. Mais personne hélas, pas même le dictionnaire, ne peut définir complétement ce que paysan veut dire. Personne, à part peut-être le tennisman français Jo-Wilfried Tsonga, qui lançait début avril dans une conférence de presse « Je suis le seul paysan du circuit ATP. J’adorerais venir à certains tournois en tracteur. » Son agent, pas peu fier de la posture terrienne de son protégé, est même allé plus loin : « C’est un paysan au sens du noble du terme. Il aime la terre, la nature, les champs de blé. Sa voiture par exemple, c’est une Jeep Wrangler blanche. Il peut y ranger ses canes à pêche et ses raquettes sans se soucier de faire des rayures. D’ailleurs les rayures, il s’en fout. »
Que nos amis paysans cessent donc de se poser des questions existentielles. Être paysan (au sens noble du terme, bien sûr, parce qu’au sens pas noble du terme, c’est autre chose), ça consiste principalement à rouler en tracteur ou en Jeep, à aimer la pêche à la ligne et à se foutre des rayures sur la carrosserie. Le reste, c’est des trucs de ploucs.
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