L’entre saison est souvent une période délicate, compliquée pour certains, difficile pour d’autres, toujours empreinte d’une émotion qui passe de la joie à la nostalgie, parfois à la peine, quelque fois au désespoir. En règle générale le passage de l’hiver au printemps est toujours teinté de joie, du bonheur de retrouver le soleil, la rue, les terrasses, la nature, le partage autour de grignotages, enfin le retour à une vie extérieure. La chose devient plus fragile quand il s’agit de passer de l’été à l’automne. On s’accroche aux beaux jours, on ne veut pas mettre un gilet, on refuse les premiers matins frisquets, on hésite à commander des soupes. Pourtant les cèpes sont là, les châtaignes accompagnent nos plats, les citrouilles colorent et donnent du goût à nos soupes, les légumes se mettent au pot au feu. Pau à peu les couleurs changent, les saveurs se teintent de douceur, les lumières se tamisent et nos palais acceptent cette douceur. Pourtant, ce jour là, les couleurs étaient estivales. Devant moi, un plat de poivrons faisait de la résistance. Le rouge et le jaune se mélangeaient avec une élégance et une brillance que bien des peintres auraient voulu capter. C’était une sorte de passerelle entre les deux saisons, entre un été qui ne voulait pas encore partir et un automne qui lui laissait le temps de nous offrir encore ses ultimes couleurs et ses dernières saveurs.
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