Il y a des jours où tout n’est que contrariété, contretemps, ou rien ne va. Enfin on se plaint, mais très souvent, il n’y a vraiment pas de quoi. On a pourtant bien du mal à relativiser et nos petits tracas sont bien loin des problèmes essentiels de ce monde.
Alors on se laisse submerger par tout ça et c’est la tête basse et les idées noires que l’on va s’asseoir pour manger, sans appétit, sans envie, machinalement.
Le menu semble illisible, trop long à lire, tout semble peu appétissant. Aucune entrée, ne nous met en appétit, aucun plat ne correspond à nos envies, aucun dessert ne nous attire ; Même choisir devient compliqué, alors que des millions d’hommes et de femmes ne mangent plus à leur faim et en meurent souvent.
Puis vient le temps du doute et des décisions précipitées. (Je vous rappelle que ce jour là, rien ne va) Alors on se décide pour un poulet du Gers à la moutarde accompagné de frites maison. Presque par lassitude et élimination du reste du menu.
Et là, quand le plat arrive, comme par enchantement, l’alchimie mal vue mais appréciée de tous, des frites et des mains, opère peu à peu.
La première frite est saisie du bout des doigts, presque avec désinvolture, les deux suivantes se laissent prendre par deux, puis très vite le rythme s’accélère, laissant presque le poulet à l’abandon. Les mains se lâchent alors et capturent les frites avec un plaisir et une rapidité sans faille. Peu à peu les petits soucis disparaissent, se fondent dans les frites, avec délectation ; on en a plein les doigts, comme quand on était gamin.
Quel bonheur cette journée ! Finalement, tout ne va pas si mal.
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