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De l’art de régler l’estomac La télé publique a ses inconditionnels, qui aiment les jeux à petits gains et les adaptations minables de chefs-d’œuvre de la littérature. La Poste a ses défenseurs, qui luttent pour maintenir un service public de qualité. La baleine blanche a ses protecteurs, qui ne peuvent imaginer un monde privé de la majesté des cétacés. La corrida a ses aficionados, qui entendent vivre leur passion et perpétuer une tradition plusieurs fois centenaire. Il existe des milliers de comités de soutien à tout un tas de trucs, des milliers d’associations de préservation d’un paquet de bidules, et des centaines de milliers d’unions pour une multitude de machins. Et parmi toutes ces organisations, pas une pour s’inquiéter des attaques subies quotidiennement par les mots de la langue française. Je n’ai que l’embarras du choix pour illustrer mon propos. Pas plus tard que la semaine dernière, un journaliste de la Nouvelle République demandait à des chefs cuisiniers, des agriculteurs et des vignerons de donner leur définition du mot gastronomie. Parmi eux, le chef du restaurant Le Fin Gourmet au Poinçonnet (36) tenait à peu près ce langage : « Pour moi, ce mot ne veut rien dire car on l'utilise pour rien (…) Le mot gastronomie est un mot-poubelle pour vendre des choses chères (…) C'est un mot cliché, c'est du marketing ». À en croire ce chef il faudrait donc abandonner ce mot merveilleux aux ignares et aux fâcheux et lui préférer des néologismes plats… Ce serait commettre une erreur grave : le mot gastronomie est un emprunt au grec ancien γαστρονομßα qui signfie “art de régler l’estomac”. Il est parfois plus commode d’invoquer les dérives marketing plutôt que d’ouvrir son dictionnaire.
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