Mon manège à moi
Il ne manquait plus que la musique à ce carrousel. Trois nacelles vides tournaient lentement, très lentement. Pas de cris, pas d’enfants aux alentours impatients d’y monter. Quel était donc ce manège ? Mon étonnement et ma curiosité furent très vite rassasiés.
En regardant tout autour, je me rendis très vite compte que j’étais en cuisine, que ce manège n’était pas dans un parc mais dans un four. Le four était déjà chaud quand le sifflotement du chef accompagnant trois souris ( de gigot d’agneau ) annonça le premier tour (du manège). Il les installa avec précaution et s’assura de leur bonne tenue avant de commencer à les rôtir. Le temps est important dans les manèges, il est tarifié pour les enfants, il est minutieusement respecté pour la cuisson des souris d’agneau.
Si les parents arrosent leurs enfants de « vas -y , attrape le pompon », les souris d’agneau sont arrosées régulièrement et avec lenteur, du jus qu’elles déversent. Tout le secret est là, régulièrement et lentement. Puis vint le tour des selles, des rôtis et des épaules désossées, toutes issues du même animal, généreux et entier, l’agneau. Tous et toutes en redemandaient, de ce jus de cuisson qui venait réchauffer et dorer leurs corps.
Au bout d’un certain temps, mon manège à moi, celui qui me faisait tourner la tête et taquinait mes papilles, s’arrêta. Il me sembla entendre la voix douce et craquante d’une souris (d’agneau) me murmurer : « Viens, goûte ….. »
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