La salle du restaurant était pleine et les tables accueillaient toutes des convives variés et des situations diverses.
Couples, familles, hommes seuls, femmes seules, repas de plaisirs, repas d’affaires, repas tout court, les yeux dans les yeux, les yeux pensifs, les yeux concentrés, les yeux d’envie, les mains sur les tables, les mains dans les mains, les couteaux dans les mains, les fourchettes en mouvement, des verres pleins, des verres vides et le ballet incessant et fédérateur des serveurs.
A chaque table, des goûts et des saveurs différentes, des vins blancs, rouges, translucides, opaques et surtout des histoires qui se font et se défont au gré des entrées, plats et desserts qui arrivent, se croisent et s’en vont.
Mais sous tout ça, il y a les nappes, tissus ou papier. Pauvres nappes, soumises à toutes les émotions humaines.
Tâches, coupures, froissements, pliages et parfois écritures. Avez-vous remarqué comment ces dernières se transforment souvent en fin de repas en feuilles de travail, planches à dessin, annuaires téléphoniques ou en additions improvisées ?
La légende veut que Picasso, à l’époque où il était encore peu connu, payait ses repas avec un dessin ou une esquisse qu’il faisait sur un bout de nappe.
Combien de poètes ont jetés sur ces mêmes espaces, leurs vers désespérés pour y trouver un écho.
Avec chaque table qui se vide, celle que le serveur froisse et jette, emporte avec elle mille secrets éphémères, mille plaisirs culinaires, parfois mille silences.
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