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Fantoche cantoche Qui croyez-vous que l’on sollicite en France, quand il s’agit d’améliorer les cantines scolaires ? Un spécialiste du bon marché et du bon tout court ? Un grand chef ? Un expert de la qualité alimentaire ? Que dalle. Au pays du bien manger et du bien vivre, on fait, sans trembler, appel à l’Association française de normalisation (Afnor) et à l’Association nationale des directeurs de restauration municipale (ANDRM), dont les noms seuls suffisent à couper l’appétit pour dix jours. Conséquence directe de ce choix judicieux, la nouvelle norme française (NF) mise en place en la matière traite de tout - depuis l’accès facilité aux sanitaires jusqu’à la réduction du bruit dans les salles – de tout disais-je, sauf de la qualité des aliments. Pourquoi s’en préoccuper, après tout ? De nos jours, on croit les enfants sur parole – et c’est une bonne chose - quand ils dénoncent des agressions sexuelles, révèlent des violences familiales et assurent qu’ils ont fait leurs devoirs avant de jouer à la Nintendo DS, mais lorsqu’ils pleurnichent parce que les bouchées à la Reine de la cantoche sont à vomir et que les haricots surgelés qui les accompagnent sont remplis de flotte, on leur répond : « Mon chéri, tu es trop difficile. Force-toi, et arrête de manger du pain ». Les professionnels de la carotte molasse à la crème contre l’humanité, et du filet de colin à l’eau douce, bénéficient donc de la bénédiction de la Norme pour dealer des plats dégoûtants aux mômes, à condition que les toilettes soient propres et que le silence règne. Le temps qu’on ne passe pas à se préoccuper du goût est ainsi mis à profit pour traiter des questions essentielles, comme le prouve un membre de l’ANDRM interrogé dans Le Monde daté du 31 mars : « Nous voulons changer l’image de la cantine. D’ailleurs on ne dit plus cantine, mais restaurant scolaire. » Il y a des baffes qui se perdent.
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