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Éloge du J’Go Victor Hugo à la manière de… Victor Hugo
J’ai bien assez marché, car elle est dans mon dos La halle sans attrait, place Victor Hugo. Puisque Dieu accorda qu’ici bas, à cette heure Les hommes s’accoudassent au retour des labeurs ; Fourbu, las, affamé, d’une auberge gasconne Je franchis le seuil puis commande une bonbonne. En cette fin du jour, en ce lieu dit J’Go, J’étanche enfin ma soif à même le goulot ; Jouissant sans retenue de l’agrément du vin, Je subis tout à coup les assauts de la faim. C’est alors qu’ivre et fou, j’approche du comptoir, Avide de pâté tel l’Empereur de gloire. L’atmosphère embaumée d’effluves de saucisses Me fait tourner la tête et revivre Austerlitz. J’oublie Napoléon le Petit, Waterloo, Et maudit, verre en l’air, tyrans et buveurs d’eau ! Du jambon de porc noir, je sens la douce graisse Glisser dans mes entrailles ; Ô divine caresse ! Que n’ai-je donc perdu de temps dans les bordels ! Si j’avais su plus tôt qu’un restaurant pareil, Existait j’aurais vite abandonné la chair De ces maîtresses femmes qui m’ont coûté si cher. Fuyant place des Vosges, îles anglo-normandes J’aurais rejoint Condom, Lagraulet ou Mirande. Jusqu’à mon dernier souffle, d’un exil volontaire Je me serais frappé, pour gagner cette terre. Car au soir de ma vie, en ce jour, au J’Go, À l’heure où les clients regagnent leur auto J’échangerais sans peine l’Empire et Bonaparte Contre un bon pastifret et une part de tarte. J’apostrophe au comptoir le jeune et grand Gersois, Qui remplit les verres du meilleur nectar qui soit. Je lui dis – ça t’ennuie si je reprends un verre ? Comme il allait fermer il prend un air sévère, Pourtant, parmi les cris, les rumeurs, les chansons On entend bien sa voix qui me répond : Mais non !
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