Il y avait des années que je n’avais pas posé mon œil sur lui; des années que j’avais oublié la magie de cet effet visuel. C’est dans un vieux carton d’objets laissés à l’abandon que je l’ai retrouvé. Il n’avait l’air de rien ce tube en carton, triste et poussiéreux, mais très vite et même avant de le diriger vers la lumière, son nom s’inscrivit en toutes lettres dans ma mémoire.
Le kaléidoscope est un instrument tubulaire contenant un jeu de miroirs et des fragments de verre mobiles, diversement découpés et colorés, produisant des figures qui varient à chaque secousse reçue par l'appareil.
Je ne sais pas si l’arrivée des beaux jours y était pour quelque chose, mais il y avait dans ces mosaïques de couleurs en perpétuel mouvement, comme une sorte de changement de saison, le passage de l’hiver au printemps, l’allongement des journées, l’envie de remettre ses lunettes de soleil, de manger en terrasse et de croquer, croquer, croquer, la vie et des légumes primeurs.
Je sais, vous allez me dire qu’il faudrait que j’arrête de m’hypnotiser tout seul avec un appareil destiné aux enfants.
Mais justement, j’avais oublié tout ce que l’on arrive à oublier de simple, de beau et de bon, par mépris, envie de toujours plus et consommation aveugle. C’est aussi ça le bonheur, comme ce kaléidoscope que l’on tourne lentement et ces saisons qui défilent, sans qu’on les bouscule.
Les légumes primeurs c’est au printemps, ni avant, ni après. N’allez pas plus vite que la musique.
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