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Entretien avec Jean-Jacques Cripia - Duo des Non

Les plaisirs singuliers
 
Tous les mois, rencontre avec une personnalité dont le métier, les passions, ou l’existence sont une intarissable source de plaisirs... Aujourd'hui, Jean Jacques Cripia

« Sur une scène, on n’est rien sinon un distributeur de plaisir »

 Jean-Jacques Cripia connaît tout des plaisirs singuliers et des bonheurs partagés, qui écrit seul les textes du Duo des Non avant de les jouer sur scène ou de les enregistrer à la radio avec sa femme et son acolyte Michel Bauchar. Fondateur de Bourcagneux – village gascon imaginaire mais authentique – il considère la scène et la table comme deux sources inépuisables de plaisir. Du J’Go au Duo, il n’y avait donc qu’un pas à franchir.

Existe-t-il des similitudes entre la table et la scène ?
La comédie et le restaurant permettent de fédérer les gens. La chose est d’autant plus précieuse que les occasions de se mêler à nos contemporains sont de plus en plus rares par les temps qui courent. Il y a cinquante ans à peine, tout le monde fréquentait le même bistrot, sans distinction d’âge ou de catégorie sociale… Aujourd’hui la tendance est au ghetto, aux lieux exclusifs. Pour ma part je préfère les restaurants comme le J’GO où l’on n’exclut rien ni personne et où l’on sent qu’il existe une certaine porosité entre les gens.

Le meilleur repas est-il celui qui suit ou celui qui précède le spectacle ?
On est bien trop fatigués après une représentation pour apprécier un bon repas. On a d’ailleurs pris l’habitude de manger avant chaque spectacle avec les organisateurs et les techniciens. La table permet de créer en quelques minutes des affinités qui auraient mis quelques heures à naître ailleurs. C’est un moment important pour nous : c’est là, en réalité, que commence le spectacle.

Quels sont les plaisirs particuliers au comédien ?
Sans doute ce mélange de plaisir égoïste et de générosité. Quand tu es sur scène, que tu endosses un rôle, que tu joues à être quelqu’un d’autre, rien ne semble pouvoir t’arriver. Le spectacle te soustrait à tout, efface la fatigue et calme la douleur. De son côté le public cherche à peu près la même chose. Il est là pour se marrer et ouvrir une parenthèse d’oubli. Le plaisir vient de cette connivence, de cet abandon collectif de la réalité. Sur une scène, on n’est rien sinon des distributeurs de plaisir.

Pourquoi écrire seul les textes d’un duo ?
Étant donnée mon incapacité totale à déléguer, j’écris l’ensemble des textes des spectacles et des émissions radio. Je ne connais rien de plus gratifiant que de jouer ses propres textes. Cela me prend un temps fou, mais je ne pourrais pas fonctionner autrement : je suis trop habitué à tout dominer, à tout contrôler, à tout savoir de mes personnages.

Ton public idéal ?
Je rêve d’un spectacle préparé pour une seule personne, un texte écrit à l’attention d’un spectateur unique, une représentation personnalisée à l’extrême… Voilà qui ressemble pour moi au spectacle ultime. J’aime beaucoup adapter mes textes à l’auditoire, glisser dans le discours de mes personnages des anecdotes absurdes sur le maire du village où l’on joue, ou des vacheries sur les figures des environs. Pour le reste, le public c’est toujours une file de gens qui ont fait des efforts pour venir te voir, qui se sont payés des embouteillages après une journée de boulot dans l’espoir de se marrer. Parfois, quand je vois des gens faire la queue sous la pluie devant une salle où l’on va se produire, je me dis que c’est une responsabilité énorme que d’avoir à faire rire tous ces gens. Alors pour décompresser avant la représentation, on se faufile dans la foule. On se met à gueuler contre les organisateurs et on fait un scandale jusqu’à ce que quelqu’un s’aperçoive de la supercherie…

Faut-il vivre au sud de la Loire pour comprendre l’humour de Bourcagneux ?
Bourcagneux nous permet de cultiver des valeurs et un état d’esprit en phase avec ce qui existe chez nous. Si l’on accepte de mettre de côté l’accent du Sud-Ouest, on s’aperçoit vite que notre petit succès repose sur l’universalité des thèmes et des personnages. Bourcagneux c’est un village comme les autres, avec des personnages emblématiques que l’on pourrait rencontrer dans n’importer quel village du pays.

À force de hanter les ondes et les scènes, les habitants de Bourcagneux ne finiront-ils pas par prendre chair ?
Une fois que tu as créé le caractère d’un personnage et l’environnement dans lequel il évolue, il finit par dicter lui-même les thèmes à aborder et la façon de les traiter. Et au bout d’un moment, il commence à acquérir une certaine autonomie, une forme de liberté. De temps en temps on parle d’eux comme s’ils étaient vivants, et l’on s’amuse à reconnaître chez les gens des traits de caractère ou des expressions qui pourraient leur correspondre.

Que manque-t-il à Bourcagneux ?
Des guest-stars… je veux dire par là que rien ne m’amuserait plus que de tourner des sketches avec des guest-stars internationales du genre Sting, Elton John ou Robby Williams. Elton John à Bourcagneux …Je vois d’ici la tronche du maire !

 


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