|
Après les reprises de volée et les retours de bâton, vient l’heure de quitter la fête africaine du foot. Voici donc les dernières lignes postées par l’ego depuis l’aéroport de Johannesburg.
J.I. Airport, le 12 juillet 2010
Assis dans la salle d’embarquement sous une bouche glacée de climatisation, je m’apprête à prendre l’avion et à choper un rhume. Les yeux perdus dans mon journal, je lis distraitement l’interview de Gaston Guérin, retraité français exilé depuis des lustres en Afrique-du-sud. Il vit à Vanderbiljpark, à deux heures de route d’ici, dans une petite maison qui doit sentir la soupe. D’ordinaire, quand une équipe de France remporte un match de rugby ou de football, il hisse un drapeau tricolore au sommet du mât planté dans son jardin. Mais les trois couleurs sont pliées dans une corbeille abandonnée dans le garage, parce que le sport français ne fait plus rêver Gaston. Je lève les yeux du journal. Des types en transit gisent sur des fauteuils, pris dans la lumière de l’écran de leur téléphone comme des lapins dans les phares. Je poursuis la lecture de l’article. On y interroge Ginette Brune, une autre de nos compatriotes, qui tenait près de Johannesburg dans les années 80, un bistrot français où l’on se régalait des deux grandes spécialités de la maison : le boudin et le pâté de foie de lapin. Mais la boerower, saucisse épicée du coin, a eu raison du lapin, et le café a fermé. Nouvelle halte dans ma lecture : je contemple un enfant de cinq ans qui fait la queue avec ses parents une Nintendo DS dans une main et un doigt dans une narine. L’article s’achève sur une confession des interviewés, qui avouent ne plus trop se sentir Français et font part de leur désir d’être enterrés en Afrique du Sud. En prenant place dans l’avion, je me dis qu’après tout, leur désir est compréhensible, car dès lors que les émotions sportives et racines culinaires disparaissent, le sentiment d’appartenance ne tarde pas à foutre le camp lui aussi. Moi-même, après une parenthèse d’un mois dans l’hiver Austral, je n’ai qu’une hâte : assister au J’Go à la retransmission de la première journée du TOP 14, en me délectant de ces cœurs de canards en brochette, qui font battre le mien à l’unisson. Maintenant que l’avion décolle je m’aperçois que je ne pourrai pas envoyer cette carte postale depuis Johannesburg. J’irai la glisser dans une boîte jaune bien de chez nous, quelque part entre Toulouse et Lagraulet-du-Gers. Ainsi tout rentrera dans l’ordre, comme si je n’étais jamais parti.
|