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Gaver dans le marbre
La richesse de la langue française offre à qui le souhaite le matériau suffisant pour faire preuve de nuance. Elle permet d’éviter l’amalgame entre le supporter et le hooligan, le chien de chasse et le chien de fusil, le musulman et l’islamiste, le rugby anglais et le rugby tout court, le manifestant et le casseur, le facteur de Neuilly et le révolutionnaire, le cycliste et le pharmacien, le cassoulet en boîte et le cassoulet maison, Le Gers et Monaco, la mâche fraiche et la mâche en sachet, le toro de combat et le bœuf de trait, le bar de ligne et le bar tabac, la littérature et le livre, la millassine et le millasson (à la carte en ce moment au J’Go), le café filtre et l’expresso, les piafs et les vautours, les banquiers et les escrocs, les restos et les fast-food, et cætera. Il n’existe en revanche aucun mot qui permette de distinguer le foie gras industriel issu de palmipèdes gavés à la kalachnikov à farine dans des hangars brûlants, et le foie gras élaboré avec soin par des professionnels compétents et censés. Ce trou dans notre dictionnaire ouvre la porte aux antis qui, maniant l’amalgame avec plus encore de dextérité que les dentistes, ont obtenu l’interdiction du gavage dans de nombreux pays européens, sans aucune distinction de méthode, d’aliment ou de tradition. Pour palier ce manque indigne de notre bel idiome, je propose aux immortels qui roupillent sous la coupole de pondre un mot de toute urgence. Et s’ils n’y parviennent pas, qu’ils s’inspirent de la créativité des marmots qui, avant même de mettre un nom sur la chose, savent distinguer le « pâté » du « pâté bon ». Messieurs, à vous de jouer.
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