Les rituels sont parfois nécessaires dans nos vies. Tous les matins, c’est autour d’un café que Christian l’Africain, Luis le Cubain et un Vagabond Espagnol, refont le monde, partagent les mots, sacrifient à un rituel.
Christian revenait de son pays, il racontait comment l’Afrique se débattait pour survivre, pour juste pouvoir vivre dignement, debout sans éternellement quémander de l’aide.
- C’est très compliqué chez nous, manger est une chose difficile au quotidien. Alors les gens mangent n’importe quoi et n’importe comment. Tu comprends on est bien loin des cinq fruits et légumes que l’on veut presque nous obliger à manger en France.
Je suis allé rendre visite à mon plus vieux copain ; il mangeait comme tous les jours son bol de riz au lait, son unique repas. Mais il n’y avait pas de lait dans son riz, ce n’était que du sucre. Face à moi, la grande ardoise des menus du restaurant où nous nous trouvions proposait dans son éventail de desserts un riz au lait façon grand-mère ; pour l’avoir goûté et me souvenir du plaisir avec lequel je l’avais dégusté, je me disais que l’on n’a pas toujours conscience de cette immense chance qui nous est donné chaque jour de pouvoir manger.
Ce qui pour nous est devenu banal, est pour d’autres une exception, une survie, parfois impossible.
Le riz au lait façon grand-mère n’aura plus le même goût pour moi. Il n’en sera peut être que plus savoureux et même si mon geste ne résoudra pas le problème, une cuillère sera pour l’ami de Christian. Histoire de conscience...
|