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Comme l’été dernier, l’Ego préfère passer la belle saison à jouer les plagiaires plutôt qu’à singer les plagistes. Aussi sert-il depuis début août une nouvelle série de pastiches pas piqués des vers, qui se poursuit cette semaine avec un J’Go aux accents de fable enfantine. Bonne lecture, bon appétit et bonnes vacances à tous.
Le J’Go à la manière d’Antoine de Saint-Exupéry (où la véritable histoire du Petit Prince)
(…) Devenu adulte à mon tour, j’ai appris à conduire les camions. J’ai parcouru les routes du pays, chargeant d’un côté et déchargeant de l’autre des marchandises précieuses possédées par des gens sérieux. J’ai roulé des années, sans véritable compagnie, jusqu’à une panne au beau milieu de la Gascogne. Quelque chose s’était cassé dans le moteur, et comme je n’avais pas réglé ma cotisation au patron de l’assurance, une grande personne triste et austère qui passait ses nuits à résoudre des équations, je m’étais mis en tête de réparer moi-même. Comme la nuit tombait, je me suis garé sur le bas-côté, et je me suis endormi dans la cabine, les bras ballants, la tête posée sur le volant. J’étais à mille milles de toute terre non cultivée et à 17 kilomètres de Condom. Aussi, vous imaginez ma surprise quand, au petit matin, une voix d’enfant me réveilla. Elle disait : « S’il vous plaît, cuisine-moi un mouton. ». - « Quoi donc ? » - « Cuisine-moi un mouton ! » Alors, émergeant d’un champs de colza, à mille milles de toute terre non cultivée et à 17 kilomètres de Condom, je vis apparaître un enfant placide et débonnaire, qui souriait en grignotant une tartine de pâté. Aussi étonnant que cela puisse paraître au petit matin, à 17 kilomètres de Condom, sur le bas-côté d’une route départementale, au milieu des champs de colza, j’ai sorti de la boîte à gants un réchaud à gaz et une gamelle, et j’ai fait mine de cuisiner un mouton. « Il n’a pas l’air bien grand ton mouton. S’il tient dans une si petite gamelle, c’est qu’il n’est même pas un agneau. Et moi, je voudrais un mouton. » Alors je lançai : « Tu sais, il y a bien longtemps que les grandes personnes ne cuisinent plus les bêtes entières. Elles achètent directement des morceaux découpés, congelés et empaquetés… ». Le garçon a eu un air mystérieux et il s’est mis à pleurer en disant : « S’il te plaît, cuisine-moi un mouton !». je fis semblant de découper un gigot, de l’assaisonner et de le jeter dans la gamelle, sur le feu. L’enfant me regarda attentivement, puis : « Non ! Celui-là est beaucoup trop banal. Fais-en un autre exceptionnel, qui soit très savoureux, un agneau du Quercy ou bien un Doublon de Barèges-Gavarnie. ». Alors, par agacement et pour clore notre conversation, je pris une feuille de papier, j’esquissai une marmite en fonte recouverte d’un couvercle, et je lançai : « Ça, c’est une marmite. Le mouton savoureux que tu veux est tout entier dedans, avec les haricots tarbais qui vont avec. ». Je fus bien étonné de voir s’illuminer le visage de mon jeune convive: « C’est tout à fait comme ça que je le voulais. Crois-tu qu’il faille l’accompagner d’un grand cru bordelais ? » - Pourquoi ? - Parce que je n’ai pas cela chez moi. - Tu sais, on trouve en Gascogne des vins merveilleux qui accompagneront ton mouton aussi bien que les vins les plus précieux de la planète. Il se pencha vers le dessin et murmura : - « Je n’ai jamais respiré un parfum aussi doux. » Aujourd’hui, ça fait trente ans déjà… Je n’ai encore jamais raconté cette histoire. Il y a quelques temps, j’ai appris que cet enfant devenu une grande personne avait ouvert des restaurants à Toulouse et Paris, et qu’il y cuisinait dans de grandes marmites et sur de vastes rôtissoires, des moutons entiers au parfum savoureux. Alors, si vous croisez un jour dans une arrière-cuisine, un patron quadragénaire placide et débonnaire, qui grignote une tartine de pâté, dites-lui que je ne l’ai pas oublié.
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