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Un de nos nouveaux ministres affichait hier à la télévision son intention de « redéfinir le vivre ensemble ». Voilà qui est assez étonnant. Pourquoi vouloir tout à coup redéfinir une locution– vivre ensemble- dont l'insupportable récurrence dans les écrits et les discours politiques est une insulte au mot convivialité, substantif coloré et agréable à l'oreille, dont la racine latine convivio ne signifie rien de moins que vivre avec et vivre ensemble ? Pourquoi abandonner la convivialité, qui sent bon le Pousse-rapière, l'appareil à raclette, la couscoussière, la daube provençale et les tomates farcies, au profit d'un vivre ensemble qui n'évoque rien que les menus dissociés, les portions individuelles et les professions de foi de candidats aux élections cantonales ?
La chose est d'autant plus inutile que pendant que les élites redéfinissent le vivre ensemble pour le bien de l'intérêt général, les citoyens, eux, appliquent sans y penser les principes élémentaires de la convivialité. Les résultats d'une étude commandée l'an passé par la Fondation Nestlé montrent en effet que les Français sont de plus en plus attachés au principe du repas pris autour d'une table et à toutes les valeurs qu'il véhicule. Dans les conclusions de l'enquête, les sociologues remarquent même qu'au test de sociabilité, qui propose trois façons de payer l'addition à la fin d'un repas entre amis du même sexe, nous sommes de plus en plus nombreux (63% contre 56% il y a 10 ans) à opter pour le partage à parts égales plutôt que pour le paiement de chacun selon sa commande ou pour l'invitation d'une seule personne.
Que les ministères de la Justice, des Finances et de l'Intérieur ne cherchent pas de modèle juste et démocratique ailleurs qu'autour d'un gigot haricot. Les bons convives font les bons citoyens.
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