Les envies sont inexplicables, capricieuses, légitimes, communes, singulières, horribles, délicieuses, cachées, redoutables, assassines et parfois imprévisibles.
Ce fut le cas ce midi en m’asseyant à la table du bistrot. J’avais envie de me régaler d’une douce entrée, en l’occurrence un velouté d’asperges et ses croûtons, d’un plat savoureux et prometteur, comme cet émincé de canard, crème au bleu et d’un dessert, comme ce riz au lait façon grand-mère.
Ça c’était mon choix premier celui que j’avais en tête et presque en bouche en lisant le menu. J’avais commandé un verre de vin rouge, découvert la veille et j’attendais sereinement l’arrivée de mon velouté.
Tout allait bien, j’étais bien là, moment exquis dont je savourais toute la simplicité et l’harmonie.
Brusquement devant moi, un serveur passa avec une assiette qu’il apportait à une autre table. Mes yeux l’avaient accrochée, ne la lâchaient plus et la suivaient en essayant d’en découvrir son contenu.
C’était une salade, mais quelle salade ! Pas très discrètement, je l’avoue, j’essayais par tous les moyens de savoir ce que cachaient ses généreuses feuilles vertes, lumineuses et craquantes.
- S’il vous plait, c’est quoi ce plat que vous avez servi à cette dame ? demandais-je discrètement au serveur.
- Salade de jeunes pousses aux asperges et au canard, foie gras, magret, et gésiers rôtis.
Adieu, velouté, émincé et riz au lait, tout fut balayé d’un seul coup. Cette salade m’avait donné envie, une de ces envies incontrôlable, viscérale et face à laquelle on ferait tout pour la satisfaire.
Cinq minutes plus tard je savourais à côté d’une inconnue la même salade.
Ça tombait bien, le printemps c’était pour bientôt et il était déjà dans l’assiette.
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