Le titre de la chanson aurait pu être le même mais les couleurs ne l’étaient pas. Le rouge était resté, le noir avait laissé la place au jaune.
La scène n’était pas musicale mais culinaire. Dans un coin de la grande cuisine du restaurant, les deux bacs à frire étaient presque cachés, comme creusés dans la grande masse des fourneaux. C’est en passant juste à côté que la lumière et les couleurs qui s’en dégageaient me clouèrent sur place.
Alignés presque côte à côte, une dizaine de poivrons rouges flottaient avec légèreté sur un lit d’huile dans un bac. Dans l’autre, dix autres, jaunes pour la couleur, faisaient de même.
Tous brillaient de mille éclats, et les traces brunes qui commençaient à apparaître sur la partie apparente de leur peau, présageaient une cuisson et une saveur bientôt à point.
Tout autour d’eux l’ébullition formait une sorte d’écrin à ces poivrons qui quelques heures plus tard s’étaleraient voluptueusement sur des tartines de pain grillé. Quand les couleurs et les saveurs se marient c’est le plus souvent pour le meilleur. Le pire serait de s’en passer.
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