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Proust, Mas, Carter, Médard, Kelleher et moi...
Le rêve est un bonheur passager, et la réalité une déception perpétuelle. Quand j’ai acheté, voilà des mois, des billets hors de prix pour le match Perpignan-Toulouse du week-end dernier, j’imaginais un choc terrible entre la classe de Carter et la vigueur de Kelleher, entre les cannes de Médard et la puissance de Mas. Je me voyais déjà en plein après-midi, ivre de couleurs et de beau jeu, la face rôtie par le soleil catalan, le nez chatouillé par un parfum printanier de gazon tondu. Las, les néo-zélandais étaient à l’infirmerie, les internationaux au repos, et le soleil couché depuis longtemps lorsqu’à 21 heures, par une tramontane à soulever les gradins et un froid à figer les bières, l’arbitre sifflait le début de la rencontre. C’est, je crois, ce même sentiment, ce même espoir déçu, qui déchirait le cœur de Marcel Proust, quand, après avoir appris par cœur le nom des villes étapes de la ligne de chemin de fer reliant Paris à Cabourg pour le plaisir des mots et la part de rêve qu’ils contiennent, le génie au souffle court et à la phrase longue découvrait assis dans un wagon, que derrière un joli mot se cache souvent un bled pourri. Plutôt que de prendre le train pour Cabourg ou l’autoroute pour Perpignan, Marcel et moi aurions mieux fait de déjeuner à midi au J’Go Saint-Germain : Brochettes de rognons d’agneau persillés et jeunes pousses Aiguillette de magret de canard aux endives braisées Aspic d’agrumes au Joÿ Saint André Nous aurions eu la preuve, en trois coups de fourchette, qu’il suffit parfois d’une entrée, d’un plat et d’un dessert, pour que la réalité se mette au diapason des mots et des rêves.
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