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Souverain poncif
Après la blanquette de veau de ma mère et l’odeur du chêne-liège, ce sont les préjugés avérés qui me procurent le plus de plaisir. Ils véhiculent l’image réconfortante d’un monde parfaitement équilibré où il pleut en Bretagne, où les Brésiliens jouent au foot, où les Catalans parlent fort et dansent la sardane, où les Français font grève et mangent du Roquefort, où les Toulousains disent « con » à la fin des phrases, où les Italiens sont mafieux, les chiens stupides, les chats retors, les politiques démagos et les routiers sympas. D’où ma satisfaction en cette semaine du goût, en découvrant les résultats de l’enquête sur les habitudes alimentaires des adolescents, menée dans le cadre du programme AlimAdos. La presse, qui nourrit la passion inverse de la mienne et applaudit toujours quand la réalité contredit le poncif, titre ce matin sur ces filles qui préfèrent, nous dit-on, la salade en sachet au paquet de chips plébiscité par les garçons. En réalité, l’enquête démontre que le régime des ados oscille entre l’Amérique, l’Italie et la Turquie via l’abominable triptyque hamburger-panini-kebab. Rien, en somme, qui ne vienne balayer nos affreux préjugés.
Cette photographie de l’assiette des ados réserve tout de même des surprises. Elle révèle notamment que le teenager attablé peut avaler n’importe quel poisson ou n’importe quelle viande, à condition qu’il ne puisse pas en reconnaître la provenance. Comprenez que le cabillaud ne doit avoir ni queue ni tête, et que le poulet est prié de garer son bec hors de la rôtissoire. Mais peut-on véritablement condamner les ados qui ne mangent le poisson que grimé en bâtonnet de chapelure ? Les adultes devraient commencer par balayer devant leur porte en s’attaquant aux membres de l’Établissement public d'aménagement de La Défense, qui n’acceptent d’avaler les couleuvres que si ces dernières sont déguisées en fils de président.
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