La mémoire
Il n’y a pas que les peintres et les sculpteurs qui font jaillir de leurs mains et de leurs cœurs des œuvres d’art. Les paysans, les vignerons, les éleveurs, ont ce contact direct avec la terre, les animaux qu’ils font naître, qu’ils élèvent, les produits qu’ils plantent, cultivent, vendangent et récoltent. De la nourriture du corps dépend aussi celle de l’âme. De leurs mains jaillit la vie, jour après jour, année après année, génération après génération.
A l’ère d’Internet où le temps se réduit à un clic, à la dématérialisation des êtres et des choses, que nous reste-t-il des saisons, du printemps, de l’été, de l’automne, et de l’hiver, Il faut trente secondes pour envoyer un émail à Cuba, de 120 à 200 jours pour élever un vrai poulet du Gers, 30 mn pour manger à midi avant de reprendre le travail, sept cuissons et sept croûtes pour faire un cassoulet.
Moi le vagabond qui ne connaît que l’éphémère des choses et qui ne possède que leur souvenir , celui des saveurs et des odeurs , des émotions et des sensations, je n’ai que la vue, le toucher, l’odorat et le goût qui dans ce restaurant, naissent, se mélangent, exultent et s’amplifient, redeviennent naturels, sous les mains de femmes et d’hommes passionnés et authentiques, du début de cette chaîne humaine à sa fin, du producteur à ce fabuleux Parmentier d’agneau fermier du Quercy que je m’apprête à savourer.
La mémoire est sœur de l’intelligence et fille de la volonté.
|