Au pays des mousquetaires les fines lames étaient légion et on n’hésitait pas à défendre la veuve et l’orphelin, l’honneur d’une dame, une amitié salie où un repas gâché, au fil de son épée.
Au pays du J’Go, Jessica est une fine cuisinière, une passionnée des saveurs, une goûteuse et aussi une fine lame.
En cuisine, chacun a son couteau, c’est quelque chose de personnel, de calibré, d’essentiel, c’est le prolongement des doigts et du regard.
La scène était étrange, tout en silence, presque initiatique.
Nicolas le cuisinier et Jessica la cuisinière soupesaient une lame, plus exactement le nouveau couteau que la mousquetaire venait d’acquérir.
La dague paraissait banale, pourtant à bien la regarder, tout n’était que détail essentiel, savamment calculé et pensé pour le combat, la découpe, l’effilage, les caresses, les entailles et les incisions. Sa légèreté frôlait l’équilibre.
Le manche est fin et le bois lisse, un petit décrochage en début de lame et une imperceptible forme arrondie font qu’il épouse naturellement la main.
En bas du manche, un éclat de lame semble manquer.
Non, juste un décrochage pour permettre un meilleur appui.
Au Japon, le sabre est sacré, en cuisine le couteau est essentiel, mais ni l’un ni l’autre ne sont rien sans l’art du samouraï et celui du cuisinier.
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