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Aussi vrai que l’embonpoint du restaurateur inspire la confiance, la maigreur du mannequin incite à la prudence. C’est une preuve irréfutable de la supériorité des gastronomes ordinaires sur les grands couturiers.
Les images de la semaine de la Mode de Sao-Paulo n’en sont que la triste illustration, qui propagent ces jours-ci le triste spectacle de spectres richement vêtus, évoquant des cintres emperruqués suspendus dans les airs.
Ces défilés de miss émaciées sont à peu près aussi intelligibles pour ceux qui fréquentent la main courante du stade Jacques Fourroux, les champs de haricot de Bigorre ou le bistrot du J’Go, que ne le sont les vertus de la graisse de canard pour le traiteur de Kate Moss ou le nutritionniste de Karl Lagerfeld. Bien entendu, cette différence de point de vue se paie : sur les brochures touristiques, le titre de capitale de la Mode attribué à Paris ou Milan fait plus classe que celui de patrie du cassoulet qui désigne généralement Toulouse et Castelnaudary.
Hier encore, je me consolais en pensant que si nous autres provinciaux n’étions pas aussi glamour que les riverains de l’Arc de Triomphe, au moins faisions-nous preuve d’un plus grand sens de l’humour. Las, j’apprends ce matin qu’à l’entrée du défilé Agnès B et de son cortège de filiformes crève-la-dalle, on faisait un appel au don en faveur de l’association Action contre la faim. À moins d’installer un stand Weight Watchers devant les rôtissoires du J’Go, je ne vois pas comment faire aussi fort.
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