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Pour ses vacances, l’ego a préféré la vuvuzela de Cape Town aux joujoux z’à l’air du Cap d’Agde. Les cartes postales qu’il nous envoie n’en sont que plus savoureuses.
Le Cap, le 15 juin 2010
Cher lecteur,
L’Afrique du Sud c’est loin, mais c’est joli. En plus, il y a tout un tas de trucs à faire. Le samedi, on peut voir le XV de France prendre une dérouillée contre les Springboks, et le reste de la semaine, en se débrouillant bien, on peut passer 270 minutes dans les stades de foot sans voir le moindre but. Après, on boit de la bière et on va se coucher.
Je suis ici depuis cinq jours, et je ne suis pas plus dépaysé que quand je vais faire le plein en Andorre : les mêmes fuseaux horaires que chez nous, les mêmes champs de tournesol, le même souci de la mêlée fermée et les mêmes averses glacées qu’à Auch en novembre. Et je ne te parle même pas de la fierté de ce peuple, qui subit comme nous autres Gascons, des attaques en règle contre ses traditions. Pendant que chez nous les fossoyeurs des particularismes locaux militent pour des corridas sans mises à mort, des matches de rugby sans bagarres générales et du jambon sans gras, ces mêmes ennemis du folklore, Fifa en tête, demandent aux Sud-Africains la fabrication de vuvuzelas (cette trompette qui permet aux supporters de ce pays où l’on parle sept langues différentes de s’exprimer d’une seule et même voix dans les enceintes sportives) moins bruyantes que les originales, afin d’éviter d’indisposer les joueurs, les spectateurs et les téléspectateurs du monde entier.
Il est vrai qu’à côté de la vuvuzela, Lara Fabian passerait pour Carla Bruni aphone, mais après tout, ces instruments font partie du folklore local depuis 1990, et aucune résolution des Nations Unies n’interdit aux Sud-Africains de souffler compulsivement dans des trompettes en plastoc si ça leur chante. En définitive, la Fifa voudrait une coupe du Monde en Afrique parce que ça fait joli, mais sans la pagaille, sans le bruit et sans la frénésie inhérentes à ce continent.
Puisque ce peuple ami est en danger, c’est décidé : je reste ici jusqu’au 11 juillet.
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