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Il y a quinze jours, l’ego du J’Go partait en Afrique du Sud à la découverte du football et du berceau de l’humanité. Las, plutôt qu’une analyse sur l’arbitrage vidéo ou quelques observations ethnologiques, il nous envoie une carte postale écrite à la manière de Raymond Devos. C’est rigolo, mais ça fait cher le voyage.
Port Elizabeth, le 29 juin 2010 Cher lecteur, L’autre jour au Cap, pris d’une soif terrible, je descends au bar de l’hôtel. J’avise le barman, et je lui demande du vin. Il se tourne vers moi, remplit mon verre et me lance comme ça : « Si vous voulez le reste de la bouteille demandez-la. » Je lui dis : « Non merci, je préfèrerais le reste de la mienne ». Il me dit : « C’est précisément ce que je vous dis ». Je lui réponds « Ah Non ! vous m’avez dit texto : “Si vous voulez le reste de la bouteille de Mandela”… ». Il me dit « Je ne vois pas le problème. » Je lui dis : « Je ne vais tout de même pas retirer le vin de la bouche d’un vieil homme si respecté de par le monde ». Il me dit « Mais de qui parlez-vous ? ». « Mais de Mandela… » je lui réponds. Et le voilà qui s’énerve : « Mais que je vous demande quoi ? ». Ça je voudrais bien le savoir. » je lui dis. Sur ces entrefaites, je demande un autre verre. Mais le barman me dit « Non monsieur, c’est pas possible. Maintenant, c’est tout ou rien. ». Je lui demande « Tutu rien, comme Tutu l’archevêque ? ». Il me dit « Non ! Tout ou rien comme la bouteille ou rien du tout. ». Cette fois c’est moi qui m’emporte : « Mais enfin, je vous demande que ça moi, ma bouteille. Et à chaque fois que je vous la réclame, vous me dites : “la bouteille de Mandela”. Mais qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse moi, de cette bouteille ? Je veux juste un verre de pinard ! ». Le type a ouvert de grands yeux et m’a dit : « Ici, en Afrique du Sud, ça ne se fait pas de boire dans le verre des gens, surtout dans celui du plus grand capitaine de l’histoire des Springboks. » Je suis remonté dans ma chambre, hébété, assoiffé et incrédule. Voilà un pays où on vous propose à tout bout de champs de picoler la bouteille d’un héros de la nation, tout en vous interdisant de boire un verre en invoquant de vieilles histoires de rugby à XV. Ami lecteur, j’ai hâte de rentrer : ici j’ai froid, et je ne comprends rien.
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