Moins sauvage qu’un milieu offensif de l’équipe de France, moins lisse qu’un détective des Experts Manhattan, moins casse-bonbons qu’un débat sur la dette publique et moins exaspérant qu’un téléfilm de France Télé, le paysan bat des records d’audimat. Pas plus tard que le 25 juin, il s’est même offert par l’entremise de l’émission « L’amour est dans le pré » sur M6, la première place des audiences de la soirée, écrasant toute série américaine qui passait à sa portée. Par l’odeur alléchée, tout un tas de producteurs se mettent à imaginer des programmes susceptibles d’exploiter correctement le filon. Ainsi l’émission belge culte Strip-Tease a-t-elle inscrit à son programme estival un épisode consacré à un jeune un agriculteur forcément célibataire, forcément pourvu d’oreilles en chou-fleur, forcément doté d’un accent de France profonde et vivant forcément célibataire avec sa maman, son papi et sa mamie. Dans n’importe quel autre secteur de la société une telle avalanche de clichés aurait déclenché une avalanche d’indignations, mais pas chez les paysans. D’ailleurs si l’on y regarde à deux fois, on s’aperçoit que ce ne sont pas les agriculteurs à proprement parler qui font de l’audimat, mais le désert affectif qu’ils représentent. « L’amour est dans le pré » n’est jamais que l’exploitation gentillette du célibat des paysans, tout comme l’épisode de strip-tease mentionné plus haut, qui fait une place de choix à la quête amoureuse de son héros. On comprend pourquoi ce sont les éthylotests qui sont obligatoires sur les tracteurs et pas les tests de grossesse. Le J’Go, qui préfère travailler les produits des paysans plutôt que d’exploiter leur vie sentimentale, met autant de soin à transmettre dans ses assiettes leurs savoir-faire et leur talent que la télé n’emploie d’énergie à fouiller leurs névroses. Il y a pourtant bien plus de sentiments dans un poulet élevé 150 jours, dans un jambon de noir de Bigorre affiné 20 mois ou dans un haricot tarbais cueilli à la main que dans la plus inspirée des lettres d’amour.
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