Les « Marées de chairs »
Entre le ciel et la terre, il y a les cœurs de bœuf. Non ce n’est pas qu’une variété de tomates. Entre le ciel et la terre il y a des femmes et des hommes, beaucoup d’amour et de travail, de respect et de passion, de racines et de valeurs. Antoña et Stéphane sont des maraîchers, non pardon, des « marées de chairs » et de sang. Deux fois par semaine ils déposent au restaurant les éclats de la terre, les éclats de leur vie. - Les cœurs de bœuf on les cueille du bout des doigts me confie Antoña. Tu sais moi les fruits et légumes, c’était pas mon truc…J’étais dans le prêt-à-porter de luxe. Puis j’ai rencontré Stéphane. Lui il a poussé dans la terre. La terre quand tu la respectes, la travailles, elle partage, elle offre, elle régale. Les saisons sont les tempos de leurs vies. Leurs vies ont les couleurs, les saveurs et les rigueurs des saisons. - Il y deux ans, la tempête et la grêle nous ont tout détruit. Entre le ciel et la terre il y avait le désespoir. - Pourquoi tu pleures ? demandait la belle sœur. - Tu n’as rien compris, répondit Antoña. Au fond d’une serre dévastée, Stéphane se mit à siffler. Il venait d’enfoncer ses mains dans la terre. Les larmes de sa femme devinrent des semences. Aujourd’hui, leurs visages ont les couleurs des légumes et des fruits de l’automne. Le vert et le blanc des poireaux, l’orange des potirons, le jaune des poires. - On nous prend pour des fous. On nous méprise parfois. J’aimerai aussi avoir des mains féminines. Antoña me cache ses mains. Stéphane fait sourire la terre
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