Il y a des moments de grâce si délicieux après un repas qu’on aurait tendance à se laisser glisser tout doucement et ne plus faire cas , ni du lieu ni des personnes qui nous entourent.
Je veux parler de cette douce somnolence, proche de la béatitude, qui vous gagne petit à petit, transformant les voix et ralentissant les gestes, comme les images d’un film qui brusquement défilerait au ralenti.
Le repas avait été sublime.
Une tranche de « Lou Pastifret » de Porc Noir de Bigorre en entrée, des crépinettes d’agneau fermier du Quercy en plat principal et ce pain perdu d’Huguette, que j’aurais mangé, même sur la tête d’un teigneux .
Le tout fut accompagné d’un fabuleux Corbières dont l’histoire authentique et le caractère soyeux, puissant et charnu, enveloppèrent le palais et l’esprit.
Vint alors le temps de la douce brume et du comptage des agneaux.
La haie n’était pas très haute et séparait deux parcelles verdoyantes. L’une d’elle était traversée par un ruisseau où les animaux allaient s’abreuver.
Mes paupières devenaient de plus en plus lourdes et je devais garder les yeux ouverts. C’est un exercice qui ne dure que quelques minutes mais très efficace si l’on compte les agneaux qui sautent la haie, de manière très pausée.
Un agneau, deux agneaux, trois agneaux, quatre agneaux ( voyez ça vient doucement), cinq agneaux, un cochon (ça arrive parfois, continuez ), six agneaux ( vous y êtes ) sept agneaux, un poulet, …..
- Eh ! Vagabond , tu dors ou quoi ?
- Pas du tout, je me régale encore……
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