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Cagnotte râpée
Quiconque a déjà connu l’ivresse de se trouver au bistrot quand ses copains ânonnent du Neruda en cours d’Espagnol, sait le plaisir suprême qu’il y a à sécher les cours. Aujourd’hui que le tabac est has been, l’ivresse alcoolique dans les mœurs et le cannabis aussi courant que le nougat de Montélimar, l’assiduité en classe constitue même la dernière règle qu’il soit encore plaisant de transgresser. Pourtant, je peine à imaginer comment on peut arriver, comme c’est le cas dans certaines académies du pays, à une moyenne de 80% d’école buissonnière. Le ministre de l’éducation, Luc Chatel, y voit une raison d’expérimenter les cagnottes anti absentéisme. Je n’y vois aucun inconvénient. Après tout, si on paie les parents pour les encourager à acheter des voitures neuves, on peut très bien arroser les gamins pour les remettre sur le chemin du collège.
Mais avant d’inventer des remèdes, il convient de se pencher sur les causes du mal. Hier encore, j’accusais le malaise social, l’ineffable pouvoir soporifique de la grammaire latine, la démission des parents, la formation des enseignants, l’amiante dans les faux plafonds, les pièces de Molière au programme depuis la maternelle jusqu’à l’agrégation, les téléphones mobiles, internet, les ondes, la télévision, l’époque, la France, le monde, l’univers. J’étais loin du compte : à la lecture d’un récent rapport sur les cantines scolaires, je découvre que la fréquence des légumes cuits en plat principal y est en net recul, que la place du poisson diminue, que la fréquence des préparations à base de viande contenant moins de 70% de matières animales explose, et que les steaks hachés représentent 60% des viandes rouges.
Le projet de M.Chatel n’est peut-être pas si bête : si on mange aussi mal qu’on le dit dans les lycées, il faudrait moi aussi me payer pour que j’y mette les pieds.
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