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Canards à l’outrage
C’est une technique bien connue des écoliers : pour atténuer la colère de ses parents les jours de bulletin scolaire, il suffit, avant d’annoncer le 2/20 en arithmétique, de se plaindre de la bouillie infecte servie à la cantine et du mal de dos abominable provoqué par le poids démesuré du cartable qui pèse sur ses épaules. Résultat garanti : la formidable puissance culpabilisatrice de ces arguments ferait passer un zéro éliminatoire pour un satisfecit unanime.
Les rugbymen sud-africains connaissent visiblement l’astuce, qui pour faire oublier l’image de leur première ligne broyée en mêlée fermée par trois bleus en furie, insistent sur les fausses notes de Ras Dumisani, le chanteur de reggae recruté pour exécuter (c’est le mot) leur hymne national. Certains membres du staff emploient même le terme « outrage », ce qui parait faible quand on visionne la séquence : (http://www.youtube.com/watch?v=3kP1AsTelfM&feature=player_embedded).
Une Marseillaise massacrée de la sorte aurait provoqué l’émoi jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale. Pourtant, les Sud-Africains, que nous avons eu le plaisir d’accueillir à la table du J’Go Toulouse l’avant-veille de la rencontre, ne sont pas en reste en matière d’outrage. Si les joueurs ont liquidé le stock de magrets du restaurant, et si le staff a honoré comme il se doit le vin de Gaillac, ces messieurs des antipodes ont arrosé ces mets délicats de Coca Cola frais, sans imaginer une seconde que cela constituait un « outrage » au pays du bien manger.
Avec des canards dans l’hymne d’un côté et du Coca dans le canard de l’autre, le match des outrages, lui, se solde par un résultat nul.
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