Imprimer
Envoyer à un ami
|
|
|
| Ami du palais, bourreau de la langue |
|
Les éditions en ligne des journaux français du matin se sont pris en 2011 d’une passion soudaine pour l’art de se nourrir, que l’on nomme tantôt gastronomie tantôt food selon qu’on trempe sa plume dans l’encrier du Figaro ou dans celui de Libération. Toujours est-il que la table est bankable, capable de produire d’immenses succès de librairie avec des recettes déjà lues 100 fois dans TV Magazine mais photographiées en argentique par un presse-bouton new-yorkais, capable de convaincre le gouvernement de l’utilité d’une fête de la gastronomie dont le point d’orgue sera la participation du ministre de la culture à une émission de télé-réalité culinaire sur M6, et capable d’entretenir notre réputation de fins gourmets pendant que nous courrons acheter notre bifteck chez les discounters et que nous avalons 1,2 millions de repas chaque jour chez le clown américain à grands pieds, leader hexagonal de la restauration rapide. L’omniprésence de la chose dans la presse est toutefois un bon présage, qui confirme que la nourriture demeure une question importante pour la génération actuelle. Le blog Libéfood, qui recense (sans trier ?) tout ce qui s’écrit sur le sujet dans la blogosphère, en est un bel exemple avec ses posts enthousiastes intitulés : Salade de melon pour tuerie de jambon basque, ou La boutargue, la bombasse de la Méditerranée, ou encore Les must du Gault Millau, Muffins au Milky Way, Un an pour faire son cooking out. Je ne sais pas ce qu’il faut en penser, mais je ne suis pas sûr que l’éducation du palais mérite qu’on torture la langue.
|
|
|
Partager cet article :
|
| |
|