A la recherche du pain perdu
La mémoire c’est comme le pain de la veille, il suffit de ne pas l’oublier pour que le moment présent devienne sublime. - Je fais toujours une croix au dos du pain, pour que le bon dieu m’en donne le lendemain. Je veille aussi à ne jamais en laisser sur la table à la fin du repas. Madame Huguette Meliet sait de quoi elle parle. La mémoire, elle connaît bien, parce qu’elle est mémoire. La mémoire d’une femme ou d’un homme est celle de sa famille, de son passé. Cette mémoire familiale est aussi celle d’une région, d’un peuple. Alors j’ai cherché ce pain perdu un peu partout. J’ai cherché ce qu’on avait oublié au fond de nos greniers, au fond de nos histoires, au fond de nos vies. J’ai fouillé les couleurs, les saveurs, les parfums, les consistances. J’ai demandé à mes sens de conquérir l’oubli. Puis au détour d’un temps et du geste d’un cuisinier qui découpait un pain donné pour perdu, j’ai découvert un pont qui était là, tout près, moelleux, savoureux, caramélisé. Une passerelle de vie.
|