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Santiago de coups bas
Comme vous j’ai tendance à voir des ennemis de la liberté partout. Comme vous je suis heureux de ne plus subir les volutes de mon voisin de table au resto, mais je me garde bien de l’avouer. Aussi, j’adopte en société l’attitude veule de l’ancien fumeur compréhensif écœuré par le recul sidérant des libertés individuelles.
Comme vous je fuis le sucre présent partout en trop grande quantité, les avalanches de sel déversées dans les plats préparés et les acides gras trans qui menacent les artères. Pourtant je ricane avec mes copains devant les messages sanitaires diffusés à la télévision, et je crie avec eux à l’infamie, à l’attentat, au liberticide et même au fascisme si je suis en forme.
Comme vous j’aime les fruits et les légumes. Les préparer me détend, les manger me ravit. Pourtant, comme vous, j’avoue plus facilement mon penchant pour le saucisson sec que mon amour du radis noir. À tel point que, comme vous, il m’arrive de me laisser aller à trop de charcutaille et de lever mon verre en prononçant des phrases niaises du type : « Il faut bien mourir de quelque chose. »
Comme vous j’ai dans mon grenier des Paris Match de la fin des années 50 où Raymond Kopa s’écrie pour les besoins d’une réclame : « Camel, la cigarette des champions ». Comme vous j’achète parfois ce même magazine et je constate que la mention « mangez au moins cinq fruits et légumes par jour » accompagne même les publicités pour les bonbecs sans sucre. Comme vous, en considérant tout cela, je me dis que le temps a passé, que l’époque est raisonnable, que les temps sont à la mesure.
Comme vous je me demande où s’arrêteront les ennemis de la liberté. Puis, comme vous, je me plonge dans le journal et je lis cette déclaration surréaliste de Raoul Castro à l’adresse des Cubains : « Nos rêves doivent s’accommoder de ce qui est possible ». Alors, comme vous, je me sens merdeux.
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