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En guise d’ego de la semaine et pour bien préparer le choc France-Argentine de samedi, nous vous proposons de relire cette étonnante interview d ‘Omar Hasan, ancien pilier droit légendaire des Pumas et du Stade Toulousain, publiée dans la gazette du J’Go quelques mois avant la coupe du Monde 2007.
« Sans public, le chant est inutile et le rugby dérisoire »
Après avoir exercé ses cordes vocales à la diction allemande appliquée au chant choral et avant de plaquer ses épaules sur les parois brûlantes du joug, Omar Hasan a répondu promptement à quelques questions fugitives et désordonnées. Ceux qui l’ont déjà vu sur une scène distiller des airs d’opéra ont certainement compris que ce pilier-là avait l’Argentine et la musique dans le sang. Ils comprendront ici que le rugby, le Sud-Ouest et la bonne bouffe coulent tout aussi naturellement dans ses veines.
Je propose une phase de jeu, à vous de trouver la musique qui va avec. La mêlée ? Rien que le souffle de tes coéquipiers, le râle de tes adversaires, et les cris étouffés du public.
La mêlée ouverte ? Des cuivres, beaucoup de cuivres, des percussions… Boum. Boum. Quelque chose dans le genre, avec des relents wagnériens.
Le plaquage ? Du heavy-metal, sans hésiter. Des guitares saturées pour rendre la violence de l’impact.
La conception française de la mêlée est-elle proche de celle des Argentins ? À peu de choses près, la philosophie est la même. Bien sûr la position des pieds n’est pas exactement identique, bien sûr on ne se lie pas en première ligne de la même façon à Toulouse et à Buenos-Aires, mais cela importe peu. Reste que pour nous autres argentins, la mêlée est une question d’honneur. On sait qu’on est attendus dans ce secteur du jeu, et on fait tout pour ne pas décevoir. Le reste est universel : je ne connais pas un joueur au monde que le fait de reculer en mêlée ne fasse pas enrager.
Chanter l’hymne national argentin sur un terrain et du tango sur scène procure les mêmes sensations ? Sur un terrain de rugby, les hymnes nationaux sont des minutes précieuses dont il faut savoir se servir pour parfaire sa concentration. On ne pense à rien d’autre qu’à son match, à son poste, au rôle qu’il faudra jouer, aux gens qu’il ne faudra pas décevoir.
Votre rêve le plus cher : jouer la finale de la Coupe du Monde au Stade de France ou chanter à la Scala de Milan ? Puisqu’il faut rêver, autant rêver des deux. Je ne pense pas à tout cela à vrai dire, je ne peux même pas me souvenir d’un rêve de ce genre, mais si j’essaie de ne pas avoir de rêves inaccessibles, je vis avec l’intime conviction que rien n’est impossible.
Quel don vous a sauté aux yeux le premier, le chant ou le rugby ? Pour dire la vérité, je n’ai jamais été réellement conscient de mes capacités, de mes prédispositions ou de mes talents supposés. Enfant je souffrais d’une sorte de complexe d’infériorité… Le jour où l’on m’a dit que j’avais ma place dans un club de première division en Argentine, j’ai eu du mal à le croire. Idem pour ma première sélection en équipe nationale, idem pour mon arrivée au Stade Toulousain.
Les exigences du rugby pro vous empêchent-elles de choisir le contenu de ton assiette ? Je ne m’imaginais pas traverser l’Atlantique pour venir jouer au rugby dans le sud-ouest de la France sans profiter de toutes les bonnes choses qu’on peut y manger. L’hygiène de vie à laquelle doit se plier un rugbyman de haut niveau n’interdit pas de manger du foie gras ni de goûter aux spécialités locales.
Quel plat argentin vous manque le plus ? J’ai parfois des envies de viande de bœuf argentin qu’il m’est impossible d’assouvir. Dans les restaurants français, la viande grillée n’a pas le même goût que l’asado de carne de chez moi, et la cuisson à la mode française est bien loin de la tradition argentine. Du coup, je compense le manque de bœuf par une avalanche de canards et de poulets.
Le plaisir éprouvé sur le terrain est-il différent de celui pris sur scène ? Quoi que tu fasses, que tu sois rugbyman, chanteur de rue, artiste lyrique ou autre, tu ne cherches jamais qu’à donner du plaisir et à recevoir en retour un brin de reconnaissance, à déceler dans les yeux de celui qui vient te voir une flamme que tu as allumé toi-même. Sans public, le chant est inutile, et le rugby… dérisoire.
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