|
Je me fichais pas mal de la San Fermin, jusqu’à ce que je lise dans le Soleil se lève aussi : « Il se passa des choses qui, seules, pouvaient se passer pendant une fiesta ». Alors, j’ai rêvé Pampelune jusqu’à atteindre l’âge d’y aller. Et je ne m’y suis pas rendu, par peur que la réalité ne salisse l’idée que je me faisais de ces choses qui n’arrivent que là-bas, tous les ans, du 6 au 14 juillet. C’est qu’en matière de San Fermin comme de Père Noël, la vérité finit toujours par éclater. Alors, cette année encore, je subis sans broncher les coups bas de la presse et sa vision comptable du monde : « Trois millions de personnes attendues pour neuf jours, 178 760 usagers des autocars, 400 000 automobilistes sur les parkings, 52 accidents de la route, 730 plaintes au commissariat, un volume de déchets en augmentation de 2,2% chaque année. »
Je désespère, de plus, à l’idée d’un concours de sosies d’Hemingway, évidemment barbus et forcément vêtus de vestes de chasse sans manche. Et j’encaisse, sans sourciller, que la bière bon marché remplace le vin rouge, que les sandwichs au jambon blanc éclipsent le lapin persillé, qu’il y a belle lurette que les paysans ne descendent plus dans la capitale de la Navarre pour y exécuter des pas de danse.
Alors, comme tous les 6 juillet, je m’installe à une table ombragée, à la terrasse du J’Go. Trois verres de rouge, une assiette de jambon, et je baisse les paupières. Pampelune m’apparaît alors dans ses couleurs de fête, plus réelle que jamais. Il arrive même que le passage du métro fasse trembler le sol, comme la foule de godasse et de sabots des encierros. Il n’est de meilleurs voyagistes pour les fêtes de Pampelune, qu’un verre vin, une rame métro, et un peu de littérature.
|