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Vernis à oncle J’aurais préféré du pastifret dans toutes les bouches, mais cette semaine, c’est une question sur toutes les lèvres : « La nomination de Frédéric Mitterrand au poste de ministre de la Culture est-elle un affront à la mémoire de son oncle ? » Je ne vous donnerai pas mon avis, parce que cela suppose de répondre préalablement à la remarque des vieux cyniques : « François Mitterand était-il véritablement de droite ? », et à celle de mon petit neveu : « C’est qui François Mitterand ? ».
Ce que j’en dis, c’est que dans un monde où le mot poulet désigne indifféremment les fières volailles élevées 150 jours dans le Gers, plumées, préparées et rôties avec soin, que vous dégustez au J’Go et au Pategrain, et les bestioles transatlantiques malingres, nourries au maïs OGM, lavées à l’eau de Javel, désossées à la kalachnikov et servies en bouillie panée dans les fast-food ; dans un monde où le mot cuisine n’opère aucune distinction entre le repaire gai et chaotique où ma grand-mère confectionnait le rôti Orloff, et les labos tristes et trop éclairés d’où sortent les portions congelées de hachis Parmentier ; dans un monde où vin signifie à la fois grand cru et picrate, où table est à la fois source de convivialité et de multiplication, où porc annonce un grossier personnage ou un bel animal, où cocotte désigne un maul ou une marmite ; dans un monde où la culture élève l’esprit et fait pousser la tomate, le nom Mitterand peut désigner, sans trop de risque, un président de gauche et un ministre de droite.
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