Leur plus grand rêve était de voir ma mer. Ils en rêvaient souvent à l’ombre des grands châtaigniers sous lesquels ils se serraient les uns contre les autres, par groupe de deux ou trois, cherchant la fraicheur en été et la chaleur en hiver.
Un de leur cousin ibérique, un Pata Negra, leur avait parlé de certaines filières qui leur permettraient de réaliser leur rêve.
Ils savaient que leurs origines ne leur donneraient pas trop d’occasions de se rapprocher de la mer, la Bigorre flirtait plutôt avec les grandes vallées verdoyantes et les cimes pyrénéennes qu’avec les estuaires et le Golfe de Gascogne.
Pourtant ils se voyaient déjà, les pieds en éventail et le groin vers le ciel, se laisser dériver au gré des courants marins.
Pour cela, il fallait partir les pieds devant. La chose se fit avec détermination et sans regrets, ils avaient été élevés et s’étaient préparés à ça.
Ce fut pour moi un vrai bonheur de voir au restaurant, à la surface de cette immense marmite, flotter et dépasser joliment, une dizaine de pieds de Porcs noir de Bigorre, qui cuisaient lentement. N’ayant pas trop le pied marin, ils étaient accompagnés d’oignons, comme des sortes de bouées, pleines de saveur.
Quelques heures plus tard on leur avait promis qu’ils se doreraient sur le sable et se transformeraient en croustillants.
Comme quoi il ne faut jamais oublier ses rêves.
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