Chantal est une femme, une agricultrice, aujourd’hui bien dans ses bottes (magnifiques d’ailleurs) et dans sa tête. Elle dirige toute seule une exploitation maraichère à taille humaine comme elle dit ; enfin, près de deux hectares et plus de trois mille pieds de cucurbitacées, tous destinés à une distribution exclusivement de proximité.
La voix est posée, déterminée et enthousiaste.
- Je suis contente d’être revenue à une autre dimension. Je ne travaille plus avec la grande distribution.. Ils ne respectent pas les agriculteurs, ils les avilissent, ils les asservissent, ils leur manquent de respect. Je n’en pouvais plus. Mais finalement ils m’ont rendu service. Depuis que je les ai quittés, j’ai rencontré les gens qui allaient consommer mes produits. Il y a toute ma clientèle en vente directe à la ferme et puis surtout il y a eu cette rencontre avec Régis Daudignan, chef cuisinier des restaurants « Le J’GO ». Je ne pensais pas qu’un tel engagement et un tel respect de la saisonnalité et du travail des producteurs pouvait exister. Quand il n’y en a plus, quand la terre a tout donné, ou quand la terre se retarde, on attend, on ne force pas les choses, on se donne et on prend ce temps. Après pendant deux mois, je me pose, la terre aussi ; enfin je dis ça mais ce sommeil n’est parfois qu’apparent, il y a toujours quelque chose à faire, ça fait partie de ce cycle naturel des saisons et c’est tout de même régénérant.
Les règles qui nous sont aujourd’hui imposées par la grande distribution, par cette mondialisation de l’économie planétaire ne sont pas immuables. De nouvelles règles et de nouvelles alternatives existent, elles passent par l’écoute du monde paysan.
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