Claude Bergeaud : « Les valeurs du terroir sont des balises immuables »
Ex Entraîneur de l’équipe de France de basket, Claude Bergeaud nous livre quelques confidences sur sa passion et plus encore son attachement viscéral au Sud-Ouest. Dans le milieu aseptisé et nourri de culture américaine du basket, Claude cultive une personnalité atypique, frondeuse, obsédée par le collectif. Toujours, il revendique cette culture du terroir dans laquelle il a grandi, le souci préalable de la convivialité, la passion de la tauromachie et des amitiés fortes. Davantage que José Bové auquel les plumitifs l’ont comparé, il y a quelque chose de Gascon chez Claude Bergeaud – de l’ordre de l’humanisme forcené.
L’enfance « Je suis né à Artigat, un petit village en Ariège. Mes parents possédaient une exploitation agricole. J’ai grandi au contact de la terre en faisant les 400 coups de la campagne : construire une cabane, dénicher les abeilles, traîner dans les bois, emprunter la barque d’un paysan pour traverser la rivière... Il y avait aussi cette culture de l’instituteur, le roi du village. Il nous enseignait le goût du sport et de l’effort physique. Très tôt, je vivais presque comme un professionnel : foot, basket, rugby, mes week-ends étaient bien remplis ! »
Le basket « Pourquoi le basket ? À 45 ans, ça reste encore pour moi totalement irrationnel ! J’adore le rugby, l’esprit de ce jeu, le combat, la gestuelle, mais je suis bouffé par le basket. À un moment, j’ai eu la possibilité de faire sport-étude, en foot et en basket d’ailleurs, mais mes parents n’ont pas voulu. Dans leur esprit, ce qui était vrai à l’époque, on ne gagnait pas sa vie en faisant du sport. Alors je suis resté à Pamiers où j’ai continué à jouer au basket jusqu’en Seniors… »
La bohème « Au début des années 80, après mes études au Creps de Toulouse, j’ai été muté à Paris. Je rentrais tous les jeudis à Pamiers, en stop depuis Toulouse parce que le billet me coûtait déjà très cher ! Je n’imaginais pas un instant ne plus rejouer au basket et revoir mes copains. À cette époque, j’ai eu l’opportunité de devenir prof à Paris et de faire du fric. Mais j’ai refusé pour devenir entraîneur à Pamiers. Parallèlement, je travaillais à la Mairie et plus tard dans une salle de musculation pour gagner ma croûte… Plus que tout, je voulais travailler dans le Sud-Ouest ! En 1984, j’avais même écrit une lettre à François Mitterrand pour lui demander qu’il me libère de ma peine à Paris ! »
Les Landes « Je crois que je suis festayre depuis ma naissance. Je me souviens de mes oncles qui prolongeaient l’apéritif jusqu’à la fin des mariages ! Alors, naturellement, j’ai découvert les Landes pendant la Feria de Dax en 1978. Et comme en plus c’est une terre de basket, je venais y jouer régulièrement Feria de Dax en 1978. Et comme en plus c’est une terre de basket, je venais y jouer régulièrement avec Pamiers. J’ai tout de suite adoré cette région, l’histoire, la faune, la flore, les gens bien sûr. Pour moi, c’est le plus beau pays du monde. »
Le coaching « Dès l’âge de 13 ans, à l’US Pamiers, j’entraînais les catégories de jeunes. Ensuite, avec les Seniors, je suis devenu entraîneur-joueur et uniquement entraîneur durant la saison 90-91. Et puis, j’ai eu la chance incroyable d’être sollicité par l’Elan Béarnais et le président Seillant. J’étais très flatté qu’il fasse appel à moi pour s’occuper du Centre de formation, mais je pensais sincèrement que l’expérience n’allait pas durer. Finalement j’y suis resté treize ans, dont cinq comme entraîneur de l’équipe première. »
Les valeurs « On m’a souvent appelé le José Bové du basket français. Mais je ne m’invente pas un personnage. J’ai toujours été comme ça, fidèle à mes convictions, à mes racines. Quand j’étais entraîneur de l’équipe de France, je m’emmerdais toujours autant dans les soirées parisiennes ! En équipe de France, il y avait un règlement intérieur où la convivialité, l’échange et la joie de vivre sont des vertus sur lesquelles j’aime insister. Même si cela ne suffit pas et qu’il faut être sérieux ensuite sur le terrain. C’est très terroir, ça… D’ailleurs, les valeurs du terroir sont des balises immuables pour moi. Mais je ne crache pas non plus sur les jeux vidéos et la culture de la jeunesse aujourd’hui : il ne s’agit pas d’imposer le foie gras à tout le monde, mais de comprendre ce qui nous rapproche pour jouer ensemble sur le terrain. »
La course landaise « Gosse, à la ferme, je me souviens que j’avais peur des vaches. Et puis, à l’époque de l’Elan Béarnais, j’ai fait la connaissance de Didier Goeytes, un torero landais. Petit à petit je me suis baigné là-dedans, j’ai rencontré d’autres coursayres, assisté à des tertulias… J’ai eu un feeling avec des gens authentiques, qui se livrent comme ça, en bloc. Dans l’arène, il y a une dimension artistique, il faut s’enrouler le plus près… et la limite du plus près, c’est la corne. Tous les toreros, après plusieurs années de carrière, sont recousus de partout. Je m’y suis mis quelquefois devant, mais plus trop maintenant parce qu’il faut une condition physique parfaite. C’est une grande école d’humilité. »
Propos recueillis par Vincent Sarthou-Lajus
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