S’il vous arrive, le dimanche à la tombée du jour, de venir en quelques minutes seulement à bout d’un morceau gargantuesque de Cantal doux pour atténuer l’angoisse du week-end qui s’achève, si l’idée de manger un magret frites à midi vous aide, le jeudi matin, à supporter les réunions sur le management participatif, et si la perspective de plonger bientôt une gariguette dans un petit monticule de sucre vous rend l’hiver moins désagréable, c’est que le plaisir offert par l’absorption de nourriture demeure une valeur refuge universelle. C’est, entre autres choses, ce que confirme le nouveau rapport du “baromètre santé-nutrition”, publié la semaine dernière par l’Institut National de Prévention et d’Éducation à la Santé (INPES). Si en 1996 les Français avouaient considérer en premier lieu le fait de se nourrir comme « un acte indispensable pour vivre », plus d’un quart de la population évoque désormais le plaisir gustatif comme moteur essentiel de leur alimentation. Cette bonne nouvelle n’empêche toutefois pas le lecteur attentif de relever quelques aberrations dans le comportement alimentaire de nos compatriotes. D’après l’INPES, un Français sur deux regarde la télévision pendant le dîner, alors que huit français sur dix attachent une importance particulière à la convivialité à table. Les sociologues ne sont pas près de donner du sens à cette incongruité statistique… À moins que huit Français sur dix n’aient l’intention de venir prochainement entre amis, déguster une pièce rôtie au J’Go, tout en assistant à la retransmission d’un match du Tournoi des VI Nations, seul moyen connu de réconcilier repas, écran et convivialité. Je vous l’accorde, l’hypothèse est peu probable, mais si j’étais vous, dans le doute, je réserverais.
|