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Un dîner au J’Go…à la manière d’André Viard
Intense et redoutablement arrosé, le diner du J’Go d’hier a offert aux maestros de la table n°4 six plats pour triompher de la faim, dans ce qui restera la meilleure cena de la saison. Le premier, un joli pastifret, fut négocié par Denis M. El Cubano, avec un coup de fourchette moins en ligne, plus sincère et moins retenu qu’au déjeuner. Tentant d’abord un recibir qui fit lever la foule, le maestro conserva l’opinel d’office N°112 après l’avoir enfoui complètement, puis en délivra un autre entier. Un morceau de pâté vint tâcher la taleguilla. Le public se rassit. Sans triompher, le maestro fit front pour son deuxième plat, avec lucidité et pundonor, face à un haricot de mouton compliqué, noble sur l’instant mais vicieux après coup.
Régis D. El Daudi toucha deux bons plats. Plus noble le premier (Coupe de Melon), plus brave le second (Coustous de Noir de Bigorre), bien présentés les deux. Très volontaire, l’artiste gascon profita d’un porc brave à la pique apéro pour laisser les meilleurs détails de la tarde avec, notamment, un chef-d’œuvre de grâce et de précision au moment de saucer son assiette.
En règle générale, il y a deux catégories de magrets : ceux que l’on peut se contenter de laisser fondre sur la langue, et ceux que l’on doit mastiquer violemment si l’on veut en venir à bout. Fort heureusement pour Olivier M. El Poulidor, les canards du J’Go ont de la caste, et ses magrets comptent parmi ceux de la première catégorie. Il eut donc largement de quoi exprimer son appétit total, templé, pondéré, étincelant et plein d’une spontanéité de bon aloi.
En résumé, un dîner à vous réconcilier avec la nourriture, à vous faire oublier le mundillo de la restauration avec ses bricks de crème anglaise et son gras de jambon laissé sur le rebord de l’assiette. Comme un grain de pimiento dans le poivrier géant de la mémoire, ce repas au J’Go finira broyé par le temps en poudre légère, capable d’épicer l’existence.
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