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Malheureusement dans le monde, pour des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, manger est un combat quotidien, un acte de désespoir, le seul moyen de survie. L’homme doit se nourrir tous les jours mais ce n’est pas une raison pour en faire un acte anodin, une routine presque morbide, triste et expéditive.
Il n’y a rien de plus triste et de plus désespérant que de manger tout en regardant la télévision, en lisant son journal ou en téléphonant toutes les cinq minutes.
Un repas, c’est une pause, un moment de partage, gustatif, émotionnel, une transmission de celui qui produit vers celui qui déguste. Entre les deux il y a les cuisiniers et parfois un restaurateur, maitre d’œuvre et chef d’orchestre.
S’il y a un moment de communion, c’est bien celui du repas. La solitude du mangeur est un acte entretenu par un système qui a compris tout l’intérêt économique qu’il y avait dans nos trois pauses culinaires. On est obligé de manger pour vivre, de manière perpétuelle. Seulement voilà, petit déjeuner, déjeuner et souper, sont devenus des courses, il faut manger vite, on n’a plus le temps.
On veut nous faire manger à tous sensiblement les mêmes aliments, standardisés, sous vide et aux goûts surnaturels. Alors vous pensez bien que le partage est le dernier des soucis quand on mange.
En attendant je vais prendre une soupe de potimarrons, d’abord parce qu’on est en hiver, ensuite parce que mon meilleur ami est assis à mes côtés et me raconte les détails de la vie et enfin que mon palais savoure toutes ces saveurs comme mes oreilles savourent ses mots.
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